L’European Divide

European Divide 2024 : Carnet de route d’un novice

Octobre – Novembre

Tout commence en septembre chez Cycle Divide. J’étais passé récupérer un vélo pour partir 4 jours pépères entre Bordeaux et Auch avec Luce. On papotait tranquillement avec Bastien et Bruno qui étaient venus boire un café, Bruno me fait remarquer que ça fait bien 3 ans qu’on n’a pas fait des vacances ensemble et que dans un mois il compte traverser la France en vélo.

Je lui dis pourquoi pas on verra, mais il prend les devants : « sors ton agenda on cale une date de départ ». Et voilà comment je me suis retrouvé embourbé là-dedans, moi qui n’ai jamais fait de vélo plus que pour aller au boulot en ville.

Le plan de Bruno était limpide : on roulerait sur la partie française de l’European Divide (créée par Andy Cox), en autosuffisance, on se donnait un mois. Pour tout dire, avant de partir ça ne me faisait pas vraiment peur, j’étais entraîné : je venais de traverser les Landes sur des pistes cyclables (4 jours, 300km et 14 mètres de D+) alors ce n’étaient pas plus de 1000 kilomètres sur des chemins avec 20 000 mètres de D+ qui allaient me faire peur hein.

Bon, avec le recul, je l’ai peut-être pris ça à la légère…

Avant de partir Elsa nous a dit que si on voulait écrire elle aimerait bien le publier sur le Blog. Alors j’ai ressorti mon carnet et mon stylo. Ce que vous allez lire est imparfait, n’aborde pas tout et de loin mais c’est mon expérience. Vous vous apercevrez aussi que ce n’est pas homogène suivant les journées parce que oui, après 8 heures de vélo dans le froid, certains jours écrire était la dernière chose que j’avais envie de faire.

Alors voilà j’espère que vous prendrez du plaisir à lire cela et que ça donnera envie.


Les Vosges

J-0. Embarquement à Montpellier, à bord du TER 4381 matinal, en direction de Strasbourg. Après un pillage de boulangerie dans le quartier de la gare de Strasbourg, il nous tarde de partir. Ici c’est la cour des miracles, les gens sont malpolis, pressés, bizarres, bref, on lance le GPS et on commence à rouler.

Le GPS c’est Bruno qui l’a acheté avant de partir, ça va nous simplifier le voyage (ou pas) pour pouvoir rouler et se concentrer le moins possible sur l’itinéraire. Le but de la journée et de rouler au Nord, jusqu’à la frontière Franco-Allemande pour rejoindre la trace là-bas.

Ça y est, les premiers coups de pédales. Ce n’est pas spécialement beau mais on est heureux d’être là et de rouler. Le beau temps est avec nous, et les premiers noms de villages dignes d’une mauvaise pioche au SCRABBLE nous font sourire. Au niveau de la frontière se trouve un abri ouvert sous lequel nous plantons la tente, pile sur la ligne frontalière. Bruno dormira en Allemagne et moi en France.

Réveil à 7h. On est excités alors on ne se fait pas prier. On avale notre petit déjeuner de luxe aux flocons d’avoine, enfile nos cuissards humides de la nuit et on enfourche les vélos.

On est partis. Nous ne sommes jamais venus dans les Vosges et j’avoue que nous avons été agréablement surpris. Nous roulons principalement sur de belles pistes forestières dans des hêtraies millénaires, la météo est magnifique, les couleurs d’automne sont vives, les chemins sont bordés d’énormes blocs de grès enchâssés dans les racines des pins, des épicéas et des hêtres, nos sens sont affolés par l’odeur des sous-bois humides et des chants des oiseaux.

Durant cette journée, notre lexique et nos interactions se résument à : « Putain c’est trop beau » environ toutes les dix minutes.

La trace alterne entre ces bucoliques pistes en forêts et des départementales sous-fréquentées desservant les hameaux du nord des Vosges. On découvre une architecture qu’on ne connaît pas et le contraste est frappant entre les maisons à colombages aux toits pentus et ces maisons récentes et nombreuses en crépis bleu flashy.

On fait aujourd’hui face aux premières stupéfactions des gens quand ils apprennent que notre but c’est l’Espagne… Ou pas.
Eh Didier ! Tu sais où qui vont les gars là ?
Non où ?
En Espagne ! En un mois et en dormant dehors !!
Et alors ? Moi aussi je suis déjà allé en Espagne.

J’expérimente aussi les réactions de mon corps face à des efforts longs. Bruno pourrait ne pas manger de la journée mais moi, si je ne mange pas toutes les heures une grignote c’est l’hypo directe ! Les prochains jours, je vais devoir apprendre à gérer ça.

***

Étonnement, il a fait chaud cette nuit dans la tente. On était préparés à tout mais pas à avoir chaud. Bon on va pas s’en plaindre. Je sens aujourd’hui les premières courbatures aux cuisses me faire signe.

C’est aujourd’hui que les embrouilles commencent. Depuis ce matin on ne voit pas à 50m, les pistes sont souvent impraticables à vélo à cause de la pente et de la boue (la semaine dernière il y a eu des inondations dans toute la France à cause des fortes pluies) alors on pousse le vélo… Parfois longtemps. Vers midi l’itinéraire nous envoie dans un chemin en descente qu’on prendrait à peine à pied, alors avec des vélos de 30kg chargés à ras bord c’est mort.

On décide de prendre un autre chemin, Garmin recalcule et c’est reparti. Pendant 2 heures on roule comme des cochons et s’offre même notre record de vitesse du voyage. Mais deux heures après c’est le drame !!! On se rend compte que le GPS nous localise à 40km de la trace et cela fait trois heures qu’on roule en direction du Nord (dans le sens opposé de notre destination).

Bruno est dans tous ses états et commence à flipper et essayer de comprendre ce qu’il se passe, moi je suis en train de faire un bon début d’hypo alors je ne suis d’aucune aide et ma seule priorité c’est manger. 20 minutes plus tard, après avoir relativisé et mangé, on se remet en route et acceptant avoir « perdu » une après-midi.

Juste avant la nuit, nous nous arrêterons dans un hôtel de luxe pour boire une boisson chaude, se réchauffer et recharger un peu les téléphones puis nous dormirons à quelques kilomètres de là dans un abri en bois. Nous avalerons comme tous les soirs un repas plus que rudimentaire et nous glisserons dans nos duvets sous la table de notre abri de fortune.

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Après une nuit très fraîche, la difficulté de sortir des duvets, d’enfiler les habits humides qui commencent à puer est d’autant plus intense.
Alors que l’on termine le petit dej, c’est la cata ! Le GPS semble avoir rendu l’âme après une mauvaise manip’ de Bruno. Il ne veut plus charger la trace, ni s’éteindre et bipe en continu. Bruno est dans tous ses états et je le comprends, il vient tout juste d’investir dans cet objet de malheur flambant neuf pour nous simplifier le voyage mais pour l’instant il n’en fait qu’à sa tête.

Après 30 minutes de combat rapproché entre les deux protagonistes, le GPS rend les armes et se décide enfin à fonctionner. Si vous avez déjà vu Bruno s’énerver vous comprenez pourquoi Garmin n’a pas fait long feu… Tout est rentré dans l’ordre, Bruno a cette faculté de pouvoir voir tout en noir et en l’espace d’une seconde relativiser et retrouver son moral.

On part donc. Il fait très froid, c’est brumeux mais splendide. Le novice du vélo que je suis découvre la technicité de faire des efforts longs dans le froid. Se couvrir et se découvrir sera alors devenu une habitude que je répèterai plusieurs fois par jour. Le soleil se lève tout doucement et les lumières sont psychédéliques.

C’est la journée parfaite, les chemins sont roulants (c’est ça qu’on dit dans le milieu), le temps ensoleillé mais frais. Une journée sans accroc, sans difficulté alors on relâche un peu la concentration pour se laisser aller.

Au fond je crois que c’est ça que j’étais venu chercher : le bruit des pneus sur les larges pistes forestières zébrées par l’ombre des pins (qui prennent peu à peu la place des hêtres), l’odeur fruitée des sous-bois récemment arrosés par la pluie, et ces discussions sur les tracas de la vie qui n’émergent que dans ces longs moments en itinérance (à pied ou en vélo), ces discussions qui prennent du temps, qui prennent le temps.

Depuis trois jours, on a du mal à trouver de l’eau, alors on se restreint de peur d’être à court pour boire la journée ou cuisiner le soir. Mais aujourd’hui les fontaines sont partout, on se ravitaille en nourriture à Saint-Dié-des-Vosges. Du vélo sans accroc, de l’eau, et de la bouffe : c’est la journée de l’opulence.

Pour la première fois depuis le départ nous planterons la tente hors de la forêt. S’offre alors à nous la douceur de ces soirées caractéristiques face au coucher du soleil. La beauté de ce que l’on voit nous ferait presque oublier l’antenne 5G à quelques mètres et le bruit de la nationale au loin.

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Réveil humide et froid. La journée commence comme elle a terminé la veille, avec les lumières rougeâtres du soleil à l’horizon.
Ça commence cash ! Dès les premiers mètres, première montée, pendant plus d’une heure et comme tous les jours sans exception, on pousse un peu les vélos sur des portions trop raides ou pas adaptées au vélo. Les paysages aujourd’hui sont différents. Toute la végétation est tapissée de mousse verte presque fluo sur 1 mètre absolument partout.

Bruno résume bien la journée : « Tu vois les Vosges c’est ça : tu penses que tu peux plus monter et bah tu montes encore et toujours ».

Rien ne peut cependant entamer notre moral qui s’aligne sur la météo. A 16h, au moment où la première goutte d’une grosse averse ruisselle sur nos fronts, nous nous réfugions dans une cabane en contrebas. C’est parfait pour la nuit. Une grande pièce avec un poêle et une table.

Et là c’est l’extase ! On décide de récupérer l’eau qui coule de la chenaux dans des tasses pour s’offrir la première vraie toilette en 5 jours (autrement qu’à la lingette quoi !). Nécessaire. Vitale. Les Vosges c’est beau mais à cette période ça manque cruellement d’eau. Une nuit au sec et tout propres nous attend.

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On émerge au sec dans notre cabane, allongés sous la table. Les matins sont tout le temps un peu durs même si on s’y fait. Sur nos matelas de camping à même le sol il est très difficile de faire de vraies nuits réparatrices après de grosses journées à rouler. Alors mine de rien on accumule la fatigue, sans s’en rendre compte.

Chaque matin j’ai toujours un horrible mal de quadriceps (qui me suivra jusqu’au dernier jour) qui s’en va aux premiers coups de pédales. Quant au mal de cul, j’avoue on s’y habitue très vite et je ne sens quasiment plus rien.

Je pense à cette phrase de Pierre Madelin dans Carnet d’estive que j’ai eu envie de relire pendant ce voyage :

« Il y a toujours une part d’inconfort dans ce type de voyage, comme s’il fallait payer à son corps le privilège d’accéder à des lieux si isolés et de vivre ce genre d’expérience ».

On avale un mauvais muesli et on se met en route. Aujourd’hui c’est dur pour nous deux, ça monte encore et toujours et ça ne s’arrête jamais. La végétation est magnifique mais on a du mal à profiter.

On pousse beaucoup le vélo et moi je craque des fois car ça me saoule j’avoue d’avoir un vélo et devoir marcher à côté, dans la boue, les feuilles qui glissent. Alors pendant 15 minutes je râle et j’insulte Andy Cox (le gars qui a créé la trace). Dans ces moments-là Bruno prend de la distance pour me laisser faire mon caprice puis ça passe.

Pour nous deux c’est la journée de trop dans les Vosges. On rêve de routes plates, d’horizon. Alors on fait tirer jusqu’à Belfort où on dormira dans un logement en dur, pour la première fois. On est exténués, brassés, mâchés. Ce soir on remet les pendules à l’heure à tous les niveaux et ça fait du bien.


Le Doubs

7h00. On n’a jamais été aussi frais. La nuit fut plus que réparatrice. On se fait un petit déjeuner boulangerie, on fait le plein pour la journée, échange trois mots avec les curieux du coin et on part. Aujourd’hui, l’itinéraire c’est principalement des départementales et ça nous va bien.

On traverse aussi quelques forêts dans lesquelles il semblerait que l’automne soit passé plus tôt, les sentiers sont recouverts de 10cm de feuilles orangées. Nos premières impressions dans le Doubs ne sont pas transcendantes : c’est beaucoup de champs avec des vaches.

La nuit approche et on mettra plus d’une heure à trouver un endroit plat pour planter la tente. On trouvera refuge au final au fond d’un champ dont la barrière était ouverte. En espérant ne pas se réveiller demain au milieu des Montbéliardes ou pire, des chasseurs.

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Pas de mauvaises surprises ce matin. La nuit a été chaude. Un stop à la boulangerie et on avale 30 bornes de pistes cyclables jusqu’à Pontarlier juste à l’heure pour l’encas de midi où Bruno mangera le meilleur Flan de son « tour de Flance » raté.

Nous repartons assez vite et tout est magnifique à mesure que nous nous approchons du Jura mais j’ai du mal à profiter à cause d’une contracture au dos. Le beau temps est toujours avec nous et on a le moral alors on roule.

On arrive dans le Jura où comme dans le Doubs les paysages sont principalement composés de champs avec des vaches sauf que celles-ci ont des cloches. Notre lieu de bivouac est idyllique, sur un col où la forêt laisse place à de plates prairies pour poser la tente. Aujourd’hui on a changé d’heure alors on profite du soleil qui se couche à 17h. On est très excités de découvrir le Jura, ce qu’on en a vu pour l’instant nous comble de joie.


Le Jura

Le réveil est aussi magique que le coucher et tout y est : le lieu, les couleurs, le beau temps.
Mon mal de dos s’est intensifié, je ne peux quasiment pas tourner la tête à droite et la moindre secousse m’envoie des décharges dans tout le dos coupant parfois même la respiration. On se met quand même en route mais je suis incapable de profiter. Cette journée dans le Jura suisse aura été pour moi un calvaire et je m’excuse auprès de Bruno d’avoir été autant exécrable.

On redescend en France vers 14h et après un arrêt réparation de pneu crevé et deux sodas au bar je reprends le moral et nous continuons jusqu’à un petit lac où nous poserons les matelas dans une petite cabane de jeux pour enfants au bord d’un lac.

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Il me faut plusieurs lignes pour décrire ce matin si particulier et son ambiance. J’ouvre doucement mes paupières collées qui sont le signe d’une nuit paisible. Ce que je vois à travers la porte de la cabane m’espante : la lumière est douce et les premières lueurs du soleil viennent teinter le ciel d’un rouge pâle.

Nos duvets et les abords du lac sont comme cristallisés par la rosée, de fines perles d’eau ornent chaque recoin du lac, chaque brin d’herbe, roseau ou toile d’araignée. Au-dessus du lac, une fine brume semble flotter rajoutant à ce tableau quelque chose de mystique.

Sortir du duvet est difficile et il fait froid. Mais après un réveil comme celui-ci, rien ne peut ternir mon humeur, pas même les habits humides que nous remettons péniblement et je n’ai plus aussi mal au dos que la veille. Les premiers coups de pédales sont désagréables et ce sont nos corps tout entiers, endoloris par le froid, qui, dans un craquement généralisé, se réveillent à leur tour. La brume et les reliefs herbeux jurassiens s’étreignent une dernière fois pour laisser place au soleil.

Cette journée est magistrale : des singles tracks bucoliques aux pistes forestières tapissées de feuilles mortes en passant par des chemins agricoles ravagés par les engins de déforestation, tout à son charme.

Nous faisons un détour par Échallon avant de sortir du Jura pour récupérer un cuissard long que Bruno s’est fait envoyer par Elsa et Bast. Nous arrivons à 13h et la boutique n’ouvre qu’à 16h alors nous attendons quasiment nus, faisant sécher nos affaires humides du matin et discutant avec les âmes errantes du village. Le cuissard long ne servira pas beaucoup si la météo continue à nous gâter comme ça.

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Au réveil dans le parc de l’église d’Échallon surplombant la vallée du Joux, Christiane, la gardienne de l’église rencontrée la veille est là dès qu’on sort de la tente.

Elle nous invite à petit déjeuner chez elle. Le temps de plier notre barda et de ne pas réussir à refuser un café offert par le gérant du Proxi et nous arrivons chez Christiane où le buffet à volonté nous attend : tartines, confitures par dizaines, thé, café, yaourts maison… On ne mourra pas de faim ce matin, ouf. Ce qui est bien avec Christiane c’est que l’on n’a pas besoin de parler, elle s’auto-suffit et on apprend tout de ses vacances aux States, son passe-temps de gardienne d’église, les ragots du village et ses problèmes de famille.

A 9h30 après s’être copieusement rassasiés on décolle et ça rigole zéro !! 700 mètres de dénivelé positif dès les premiers coups de pédales.

Sur les premiers kilomètres ça ne penche pas trop alors je suis happé par l’intensité de ce que je vois. Une scène digne d’un trip sous acide. Tout s’entremêle avec un contraste frappant. La route sombre noircie par l’humidité caractéristique de ces matinées d’automne est bordée d’un lit de feuilles représentant toute les gammes d’oranges. Mais les teintes de verts ne sont pas à plaindre, les feuilles, les fougères, le lierre, la mousse… Chacun à sa nuance. Le tout dénotant avec le blanc nacré des écorces de bouleau et des falaises salpêtreuses classiques des faces nord.

Me revient alors à nouveau cette phrase de Pierre Madelin lue quelques jours plus tôt :

« Qui n’a connu ces admirables heures, véritables fêtes du cerveau où les sens plus attentifs perçoivent sensations plus retentissantes, où le ciel d’un azur plus transparent s’enfonce dans un abime plus infini, où les sons tintent musicalement, où les couleurs parlent et où les parfums racontent des mondes d’idées ».

Puis ça commence à pencher un peu plus, et là comme à l’habitude mes quelques neurones disponibles convergent pour se focaliser sur les deux mètres d’asphalte devant moi, sur ma respiration et le lactique qui commence à envahir mes jambes et c’est parti pour une heure durant laquelle ma seule obsession est de pédaler, la bave aux lèvres. Au diable la contemplation.

Aujourd’hui ça monte et ça n’arrête pas mais c’est splendide. On sait que ce soir nous attend le passage le plus dur de tout le voyage : Le Grand Colombier (dixit les blogs).

Internet n’a pas menti, on passe une heure dans une pente à 18% à pousser le vélo dans 20cm de boue. On lâche rien. Petit bout par petit bout on avance, très dans l’pentu.
« Quand tu vois qu’on monte un truc qu’à deux fois plus de degré qu’une triple Karmeliet faut te poser des questions ! Déjà le bordel tu le bois, tu perds la vue et nous on monte une pente qui fait le double » résume Bruno.

Le soleil va se coucher et on décide de s’écarter de la trace pour monter au col du Colombier.
Bordel c’est Magistral : le Mt Blanc en toile de fond, le lac du Bourget sur la droite, et la chaîne des Alpes qui trône au loin. On plante la tente au col. Putain Andy Cox, pourquoi nous faire passer par des sentiers boueux à 18% sur 2 km pour finalement nous faire éviter cette vue ?? Je demande des comptes.


Direction la Méditerranée

Le novice que je suis apprend que certaines journées ne sont pas exceptionnelles et qu’il faut l’accepter. Aujourd’hui et demain pour arriver à Valence, nous allons rouler sur des pistes cyclables, juste rouler, le plus monotonement possible.

L’itinéraire n’est pas spécialement beau : des kilomètres et des kilomètres de pistes goudronnées entre le Rhône et la nationale mais ça nous permet d’avancer vite. Dans ces moments on se lasse presque de la beauté de ce qui nous entoure, c’est bizarre, ces portions sont souvent accompagnées de longues phases introvertives durant lesquelles on se contente de pousser sur les quadris et de cogiter. De temps à temps on lève les yeux et on observe les Alpes s’éloigner lentement puis on replonge la tête sur notre roue avant et on pédale à nouveau.

On arrive à Valence à la fin de notre 13ème jour où nous prendrons un jour de repos dans un « vélogite » tenu par un couple avec lesquels on mangera des crêpes le soir. L’occasion pour nous de recharger les batteries, nettoyer les vélos, faire le plein de nourriture.

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On part du Gite après un jour de repos avec les deux Bruno dont un en trottinette (son projet étant de faire la ViaRhôna avec une trottinette trafiquée). Journée tunnel de piste cyclable alors on décide d’avancer et de tirer jusqu’à Banne en Ardèche où l’on pourra dormir dans une maison de famille de Luce. L’occasion pour moi de continuer à me reposer car je suis terrassé par une énorme chichi depuis deux jours. Avoir un lit et des chiottes à disposition c’est ce soir pour moi une bénédiction.

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Départ de Banne dans une forme olympique caractéristique des nuits au chaud. La trace jusqu’à Alès est abominablement mal pensée, alternant entre zones industrielles, pistes privées fermées, et chemins piétons sur lesquels on doit pousser le vélo sur des kilomètres et des kilomètres pour passer des marches de cailloux jusqu’à 1m de hauteur. L’après-midi se fait plus roulante mais pas si beau.

Nous roulons jusqu’à Claret et ses falaises historiques tant prisées par les grimpeurs Héraultais. Nous dormirons dans les vignes à côté du lac après avoir flingué un riz aux sardines (repas classique du voyage).

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Cette journée fut incroyable. Le temps est encore et toujours au rendez-vous. Je n’arrive pas à réaliser à quel point nous avons été chanceux avec la météo. Nous roulons ce matin un moment dans la garrigue qui commence à vêtir ses couleurs ocres jusqu’à longer les falaises intimidantes de l’Hortus avec la meilleure des vues sur le Pic Saint-Loup.

Après un arrêt burger à Viols-le-Fort, nous arrivons doucement aux abords du Lac du Salagou que nous contournons presque entièrement par une « pumptrack » naturelle géante très ludique qui en fait le tour. Nous dormirons ce soir après le réputé cirque de Mourèze.

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Une journée dans la lignée de la précédente et je suis abasourdi par la beauté du paysage mêlant la végétation verdoyante à la terre argileuse rougeâtre mais je suis également frappé par le charme des petits villages que l’on croise. Arrivés à Béziers, je laisse Bruno continuer le temps d’une journée pendant que moi, grâce au TER 4201, j’irai récupérer mon camion à Montpellier pour rejoindre mon acolyte à Perpignan. Nous dormons donc au chaud ce soir dans le camion.

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Nous avons hésité toute la soirée à cause des prévisions météo douteuses mais nous décidons quand même de nous lever. Délestés de 80% de nos sacoches nous ferons aujourd’hui l’aller-retour jusqu’à Port-Bou pour manger des tapas.

Nous nous sentons inépuisables aujourd’hui. C’est une sensation incroyable et j’ai l’impression que je pourrais rouler à l’infini. Nous arrivons à Port-Bou à midi et (après une baignade automnale dans la mer pour Bruno) nous nous dirigeons dans le restaurant le plus proche afin de pulvériser un demi-SMIC en tapas.

Le retour se passe comme à l’aller mais avec le ventre gonflé qui touche les cuisses à chaque tour de roue. On est heureux, apaisés, cette sensation bizarre d’avoir fini, sans réellement réaliser encore. Le cœur et les cuisses légères mais les cernes lourdes.


European Divide (partie française) : le bilan

  • 20 jours
  • 1230 kilomètres
  • 20 123 m de dénivelé positif
  • 2 crevaisons
  • 0 hypoglycémie
  • 2 chutes à l’arrêt à cause des pédales automatiques
  • 3 Flans pâtissiers
  • 32 cafés
  • 12,8 kg de pâtes consommés
  • 3 genoux douloureux